Avec le numérique, plus besoin d’ajouter des micros chez les particuliers comme à l’époque de la Stasi, il suffit désormais de capter les datas qui transitent ci et là…
Nombre d’articles évoquent ces options légales et encore sous contrôle.
J’en retiens deux pour nous mettre en joie :
Dès que les espions français utilisent une technique pour collecter des informations – écoutes, géolocalisation, données informatiques, captation d’image et de son, etc. –, ils doivent solliciter l’avis consultatif de cette commission. L’autorisation finale est entre les mains du premier ministre. Mais, pour l’heure, selon la CNCTR, Matignon n’est jamais passé outre ses décisions.
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Et…
Ainsi, comme nous l’avions expliqué, l’édifice du fichage policier, pensé en France dès la fin du XIXe siècle et construit petit à petit pendant plusieurs décennies, était déjà mûr lorsque le régime de Vichy a été instauré en 1940. La possibilité que ces fichiers servent à identifier et arrêter des personnes était en réalité intrinsèque à ce système et il a simplement suffit au pouvoir pétainiste d’en ajuster les usages.
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Bref, si ce n’est pas déjà fait, on peut imaginer le scénario que Dominique et moi avons échafaudé par des échanges non cryptés ce matin, via Messages !
— Chef, Chef, notre suspect ilien urbanbique a encore échangé par Messages hier matin avec Aricot, un autre activiste dans les Pyrénées, et ils ont à nouveau employé des termes qui mettent en lumière leur appartenance probable à des groupuscules suspects…
— Quels termes, agent Raoul ?
— Déjà, urbanbique emploie souvent le mot dièse #AuPoilLaFlore.
Nos experts pensent que ces deux gars appartiennent à une fraternité potagère et gastronomique, ils échangent régulièrement des recettes suspectes à base de piment d’Espelette ; voire d’autres carrément sans sucre, un autre nom de code…
— Mmmmm… intensifiez les écoutes. Quid, côté surveillance vidéo via nos micros-caméras et nos drones furtifs ?
— Ce suspect breton passe du temps allongé dans son lit à écouter les podcasts subversifs de France-Inter. Cette manière de glander est le signe manifeste de radicalisation édredonnale.
Pour mémoire, il se déplace en vélo pour des rendez-vous sur les sentiers côtiers, espace où il nous est difficile de le suivre et de l’écouter, la faute au faible réseau téléphonique 4G…
On a fait passer avant hier un C-160 Transall — on ne recule devant rien — et nous l’avons retrouvé et photographié vers Porth Coter en compagnie de sa fille…
Mais plus grave : il a déployé deux tapis hier après-midi sur sa terrasse…
Et pas du Saint Maclou …si vous voyez ce que je veux dire…

— Nom de Zeus…! Quels podcasts sont écoutés ?
— Du lourd : de Waly Dia à Sofia Aram. Mais surtout le jeu des 1000 euros en différé tout comme Zoom, zoom, zen : j’ai joint une très longue liste au rapport, Chef.
— Hummmm… Et ces discussions à propos de cet étrange Marc Donne, celui que vous n’êtes pas foutu d’identifier…?
— Chef, on fait le maximum…
L’autre suspect, alias Aricot, n’est pas en reste, il est furtif à ce qu’on dit, comme nos drones…
— Ah bon ?
— Oui, et puis il utilise des technologies très douteuses, voyez vous ça : des adresses courriels Proton, Tutanota, Mailfence.
C’est chiffré de bout en bout.
— Hé ben…
— Vous ne croyez pas si bien dire. On surveille les flux de l’ordi de Aricot, mais nos techos en bavent : il utilise un DNS chiffré (tout comme son coreligionnaire), filtre tous les trackers et les publicités, son adresse IP est masquée, la faute au grand méchant Apple, qu’est ce qu’il nous emmerde celui-là…
Et, bigarreau sur la Forêt Noire, ses messageries ne sont pas en reste…
— Comment ça ? il n’en utilise pas ?
— Ben si, nos techos ont bien sûr repéré les flux de Aricot, on est bons quand même, même si on est pas l’unité 8200. Figurez vous qu’il utilise WhatsApp et messenger, et là tout va bien.
Mais il ne débite que des sornettes…
Et en clair, voyez-vous.
— Et…? Allez au fait Raoul !
— J’y viens, j’y viens patron. En dehors de ces deux messageries, il utilise, comme l’îlien urbanbique, des trucs comme Signal, Olvid, Threema, Element, Twinme+, Session, Monal…
Tout ceci démontre clairement qu’ils ont des trucs à cacher….
— Expliquez…!?
— Ce sont des messageries chiffrées qui ne dépendent pas des GAFAM, des dispositifs suffisamment solides pour énerver nos p’tits gars.
— C’est tout ?
— Non, ce serait trop beau. Les fichiers (que, nous, on pense sensibles) sont chiffrés AES 128, voir Blowfish 448 bits, une tartine je vous dis !
Et en plus vous verriez leurs lectures, je vous le dit, le Aricot, c’est un dissident, un anarcho-informato-terroriste…
— Hein ?! C’est quoi ce néologisme…?
— Ben Chef, vu que nos ministres en inventent tous les jours, alors je me suis dit, pour me faire bien voir de ma hiérarchie, que…
— Que quoi, bon sang de bois, Raoul ?
— Ben que moi aussi je pouvais. D’ailleurs lui aussi évoque parfois l’énigmatique Marc Donne, mais j’ai pas trouvé grand chose sur ce Monsieur Donne, mise à part une ponctuation bizarre dans tous les textes qui le concerne…
Enfin, dans son dernier échange avec urbanbique, Aricot parlait de faire ses courses à la halle…
— Hein ?
— Oui c’est sûrement une manière subtile de dire Halal…
— Bon, Raoul, c’est pas le tout mais Monique m’attends avec son ragoût de lotte, donc je vais pas traîner. Continuez à creuser, regardez s’il a lu du Foucault, du Debord ou du Gattari, on ne sait jamais, peut être même qu’il fréquente des universitaires…
— Bon appétit Chef. Et mes respects à Madame. Je vous envoie le dernier snapshot de la caméra de son ordi, pour que vous jugiez de la bobine du gugusse, alias Aricot…

- Lino Ventura dessiné par Jean-Marc Borot en 2015… Illustration qui n’a pas pris une ride…!